Dégustation Madiran du 5 février 2008

« Les charmes cachés du madiranais »


Madiran est une commune des Hautes Pyrénées. Cette appellation concerne 37 villages autour de Madiran. Il s’agit donc d’un terroir du sud ouest, ce qui rime avec chaleur et humidité. Le Madiran est un vin très riche en tanins, corsé et charpenté.

Historique


On fait depuis toujours du vin dans la région de Madiran. Lors de la seconde guerre mondiale, le vignoble a été laissé à l’abandon. A la fin de la guerre, la plupart des parcelles laissées à l’abandon ont été arrachées et replantées avec des cépages bordelais condamnant ainsi le Madiran à rester un vin médiocre, un ersatz de Bordeaux. Mais dans les années 70, l’œnologue André Dubosc entreprend un travail titanesque : il répertorie toutes les parcelles de vieilles vignes madiranaises « oubliées » qui n’ont pas été arrachées et replantées avec des pieds bordelais. Il parvient à convaincre les producteurs d’arracher leurs pieds bordelais et de replanter des vieux cépages madiranais. C’est ainsi que le Madiran renaquit de ses cendres. Ceci explique la cuvée bien connue du Madiran « Les vignes retrouvées ».

Dégustation


Pour cette dégustation, notre œnologue préférée Odile Pontillo nous a apporté 5 vins très différents puisque nous avons un blanc sec, un blanc liquoreux, deux rouges et un rosé. Cela reflète bien toute la richesse et la diversité de ce terroir !
Côtes de St-Mont blanc, cuvée les vignes retrouvées, 2005, AOVDQS (Appellation d’origine vin délimité de qualité supérieure)
ce blanc sec est composé d’ 1/3 d’arrufiac, 1/3 de petit courbu et 1/3 de manseng.
œil : il a une robe claire, et des reflets verts, ce qui traduit sa jeunesse. Ce vin brille très fort, ce qui annonce une belle acidité. Les larmes sont très grasses, lourdes : on aura beaucoup d’alcool.
nez : arômes de vanille, rhubarbe, agrumes, beurre
en bouche, toutes ces impressions sont confirmées.
conseils culinaires d’Odile : ce vin est à servir aussi bien en entrée qu’en plat principal ou au fromage. Le menu idéal accompagnant ce vin est le suivant :
entrée : salade de pamplemousse avec des crevettes, du crabe, des cœurs de palmiers, de l’avocat et une mayonnaise coupée au ketchup.
plat : rôti de porc servi avec de l’ananas et des morceaux de pommes revenus à la poêle
fromage : un petit chèvre frais
Côtes de St-Mont rosé, cuvée les vignes retrouvées, année 2006 (AOVDQS)
ce rosé est composé des cépages suivants : pinenc, tannat, cabernet sauvignon
Traditionnellement, un vin rosé est fait pour être bu l’été qui suit sa vendange. Un rosé n’est a priori pas fait pour vieillir. Schématiquement, un vin rosé a une couleur bleutée au mois d’avril, bien rose au mois d’août, et orangeâtre en octobre. Ici, notre rosé qui date pourtant 2006 a une belle couleur rose prononcée, grenadine. Il est resté très jeune, il est encore au printemps de sa vie.
œil : couleur grenadine, larmes lourdes : alcool.
nez : on a des arômes de grenadine, fraise, yaourt à la fraise.
bouche : ce vin est très surprenant et contraste avec des rosés « habituels ». Il est beaucoup plus complexe.
conseils culinaires d’Odile : servir frais avec une assiette de viande froide, des pommes de terre froides, ou pourquoi pas avec un navarin d’agneau.
Madiran rouge 2001, Plénitude
œil : ce vin a une robe incroyablement foncée, ce qui est typique d’un Madiran. Il est noir comme de l’encre, ce qui annonce un côté tannique très marqué et une certaine jeunesse. Il est très alcoolisé (14° !!). Après 7 ans, ce vin est encore très jeune, il est fait pour être gardé beaucoup plus longtemps, et c’est dommage de l’avoir ouvert si tôt… Un Mandarin « de base » se boit après 7 ou 8 ans, et le nôtre, plutôt après 10 à 12 ans de vieillissement en cave.
nez : il sent le sanglier, le gibier, le cuir, les fruits noirs à l’alcool, le chocolat noir, le poivre vert.
bouche : tout ceci est confirmé. On distingue très nettement les trois piliers acidité, tanin, alcool.
Comme ce vin est jeune, on le secoue violemment et on le réchauffe. Ceci a pour effet de faire vieillir le vin « artificiellement. 2 secondes de « remuage violent » correspondent à 2 heures d’aération en carafe, ou 2 ans de vieillissement en cave.
Après remuage et réchauffage, le vin est tout de suite moins acide, moins tannique, plus doux, plus épanoui. Son côté chaleureux est exalté.
Conseils culinaires d’Odile : servir avec du pâté de sanglier, une côte de bœuf, un canard au poivre vert et une vieille mimolette. 
Madiran rouge  « La faîte », Côte de St-Mont 2001
Ce vin a un habillage très particulier : il n’a pas d’étiquette collée, mais une sorte de médaille en bois, scellée à la cire. Ceci vient du fait que pour garder leur vin pendant parfois une quinzaine d’années, les Madiranais enterraient leurs bouteilles sous leur plancher car ils n’avaient en général pas de cave. A même la terre, les étiquettes « classiques » se seraient désagrégées et auraient été illisibles après quelques années. On gravait donc le millésime et le nom du vin sur une plaquette en bois qu’on accrochait autour des bouteilles comme des médailles et on scellait le tout à la cire.
œil : ce vin est moins  bleu que le précédent. Il semble donc plus mur, plus mature. Il est en revanche toujours aussi foncé donc tannique. Il est composé de 70% de tannat, 15% de cabernet sauvignon et 15% de pinenc
nez : épicé, moins d’acidité que le précédent, il est plus rond
bouche : plus doux que le précédent
Pacherenc du Vic Bilh (blanc moelleux)
ce vin est issu des cépages blancs Arrufiac, Petit Courbu, Petit et Gros Manseng
nez : fruits secs, pâtes de fruits, miel, ananas
bouche : surprenant, beaucoup plus léger que ce à quoi on peut s’attendre, sucré mais belle acidité (ananas, citron, rhubarbe surtout)
ce vin accompagne admirablement un foie gras, des toast de chèvre chaud ou une tarte meringuée au citron.

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